La participation, qu’est-ce que ça change?

La participation publique permet de prendre de meilleures décisions1. Tout simplement. Si la participation permet d’améliorer les processus de décision collective et de bonifier les résultats, c’est essentiellement parce qu’elle fait intervenir une multitude de points de vue. 

«La présence d’une pluralité de points de vue ou d’opinions dans la discussion politique améliore, sans doute, nos jugements et nos décisions en nous permettant d’anticiper certaines faiblesses et certains pièges associés à toute perspective particulière. Elle permet aux décisions d’être plus complètes, d’inclure un plus grand éventail de possibilités sociales et politiques et de prévoir un plus grand nombre de conséquences sociales et politiques de nos décisions2

Un meilleur rapport de force

Dans un contexte où les élus sont régulièrement sollicités par les lobbys organisés, la participation publique des citoyens individuels permet en quelque sorte de rééquilibrer un rapport de force autrement inégalitaire. À cet égard, Pierre Hamel nous confirme que «le poids des élites et des intérêts économiques dans la définition des priorités de l’action publique continue d’être aussi grand aujourd’hui qu’hier3». La participation des citoyens permettrait de renverser cette tendance, dans la mesure où c’est en «s’appuyant sur les citoyens, informés et inclus dans la décision, [que] l’élu sera en mesure de faire plus solidement face à tous les lobbys organisés4».

Ça colle!

Une autre conséquence très importante de la participation, c’est qu’elle accroît la légitimité des projets et des politiques publiques mis en œuvre. Si une personne assiste au processus menant à une décision, elle acceptera davantage cette décision et y adhérera plus que si elle avait été prise sans son concours. Cela vaut même pour les décisions qui ne se conforment pas à son souhait initial. En effet, les citoyens sont plus à même d’accepter une décision qu’ils ne partagent pas si celle-ci a été précédée d’une réelle délibération. Le danger réside donc dans les processus de participation escamotés.

Et si la décision est, aux yeux des citoyens, légitime, ils sont plus susceptibles d’apporter leur soutien à sa mise en œuvre5.

La participation renforce la représentation

Lorsqu’elle est bien pratiquée, respectant les règles qui la régissent, la participation publique initiée par les autorités publiques a un effet positif sur la légitimité des élus, car elle rend les citoyens plus sensibles à la difficulté de composer avec différentes options lorsque vient le temps de prendre une décision. Et inversement, elle rend les élus plus sensibles aux points de vue des citoyens, exprimés de façon nettement plus constructive que par la voie des sondages. Cette meilleure communication entre l’État et la société civile profite à tous en renforçant le lien de confiance réciproque.

En clair, la participation publique contribue à combler le déficit démocratique qui mine de plus en plus les sociétés contemporaines.

Enfin, des études montrent que la participation citoyenne engendre une hausse de la participation aux élections, que l’on pourrait sans doute attribuer au développement d’une conscience citoyenne.

La cohésion sociale

Contrairement à certains préjugés, la participation citoyenne ne cause pas de chicane. Elle se construit notamment par des débats et de la délibération, certes, mais elle a pour effet de consolider la cohésion sociale et d’accroître la solidarité entre les citoyens.

La norme de réciprocité prévue dans les espaces participatifs bien menés entretient la confiance mutuelle entre les citoyens. Par exemple, l’intégration des immigrants repose non seulement sur leur participation au marché du travail, mais également sur leur participation citoyenne. La participation, c’est donc une façon de faire une société.

La participation porte également un idéal de transformation des rapports de pouvoir et, dans le même ordre d’idées, elle nourrit l’espoir d’une société plus égalitaire. Pour reprendre les termes de Henry Milner, «la participation à la vie politique de citoyens moins nantis rend la société plus réceptive à leurs besoins, et la pousse naturellement à adopter des politiques qui tiennent compte des intérêts de l’ensemble de la population ». La participation peut également avoir un impact sur la justice sociale en rééquilibrant les rapports de pouvoir. Qui plus est, les groupes qui sont généralement exclus des sphères du pouvoir n’ont pas l’opportunité de faire valoir leurs intérêts ou d’attirer l’attention sur les enjeux qui les touchent. Conséquemment, ils courent davantage le risque d’être moins bien servis par les politiques publiques7.

Enfin, les problèmes complexes auxquels nous devrons faire face, que l’on pense au vieillissement de la population ou au réchauffement climatique, demandent des innovations ne pouvant qu’éclore de l’intelligence collective qui naît de la participation.


1 Archon Fung, «Varieties of Participation in Complex Governance», dans Public Administration Review, numéro spécial, décembre 2006, p. 66.
2 Melissa S. Williams, «Représentation de groupe et démocratie délibérative: une alliance malaisée», dans Philosophiques, vol. 29, no 2, 2002, p. 224.
3 Pierre Hamel, «Débat public: un bilan mitigé, un avenir incertain», dans L’état du Québec, Montréal, Boréal, 2010, p. 369.
4 Michel Venne, «La participation donne confiance», dans Éthique publique, vol. 13, no 2, 2011, p. 69.
5 Nikki Slocum et al., Méthodes participatives: un guide pour l’utilisateur, Bruxelles, Fondation Roi Baudouin, 2006.
6 Jean-Herman Guay, «L’apprentissage de la démocratie», dans Éthique publique, vol. 13, no 2, 2011, p. 23.
7 Archon Fung, op. cit., p. 70.

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